Tribune libre

La tribune d’Arts-up est ouverte à tous : l'objectif est de promouvoir de réels échanges entre les artistes ou entre les artistes et leurs publics, dans un esprit constructif et courtois, mais en dehors de toute langue de bois.

Jacqueline FISCHER


Au delà de la création numérique, Jacqueline Fischer, professeur de Lettres, a deux passions : les mots et les tissus. Elle travaille sur les uns et les autres alternativement, mais essaye aussi d'établir un lien entre ces activités. Voir entre autres:


L'Art numérique
de Christiane Paul

Les technologies numériques ont révolutionné la production et la réception de l'art. Non seulement les moyens d'expression traditionnels que sont la gravure, la peinture, la sculpture ou la photographie ont été profondément transformés par l'avènement du numérique mais d'autres formes radicalement nouvelles ont également vu le jour ; c'est le cas du Net art, du Software art, des installations numériques ou encore des manipulations de la réalité virtuelle, autant de pratiques désormais reconnues et soutenues par les plus grands musées, institutions et collectionneurs privés du monde entier. Dans cet ouvrage, Christiane Paul s'attache à décrire l'évolution de l'art numérique depuis son apparition dans les années 1980 et propose des pistes quant à son avenir. Elle distingue les artistes qui utilisent le numérique comme outil pour créer des formes traditionnelles de ceux qui l'envisagent comme un médium à part entière, qu'ils manipulent pour produire des formes d'art inédites ; elle dresse, ce faisant, un panorama pertinent des œuvres et des artistes clés du numérique. Les problématiques passionnantes de la collection, de la présentation et de la conservation des œuvres numériques sont analysées, tout comme les thèmes propres à l'art numérique : l'interaction, la vie et l'intelligence artificielles, le militantisme social et politique, les réseaux et la téléprésence.

L'auteur
Christiane Paul est conservatrice adjointe au département d'art des nouveaux médias du Whitney Museum à New York. Elle est par ailleurs enseignante, directrice d'Intelligent Agent - organisation de promotion de l'art numérique - et l'auteur de nombreux articles sur l'art des nouveaux médias.

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Images numériques : un infini de possibles
par Jacqueline Fischer

Jacqueline Fischer - Géométrie dévoyées n°7
jacqueline fischerJ’ai dit ailleurs comment j’étais passée de l’usage des estampes numériques en tant que dessins à interpréter en textiles au travail sur le dessin numérique lui-même.
J’aimerais aborder ici les possibilités de travail avec ces nouveaux outils et laisser entrevoir vers quels possibles ils ouvrent.
J’exclus de  ma démonstration tout ce qui est image en mouvement et/ou en   3D pour la raison simple que je ne  maîtrise pas ces compétences.
Mais rien qu’avec des images « classiques », en deux dimensions, une infinité de possibilités « nouvelles » s’ouvrent, simplement souvent, on passe à côté. Parce qu’on les ignore .Aucun artiste n’aime donner ses secrets de fabrication , mais si l’oeuvre ne tient qu’à cela, alors ce n’est pas une oeuvre.
J’ouvre aux partages divers mon cheminement qui n’est pas celui d’une experte, mais d’une expérimentatrice passionnée et qui n’a fait encore qu’un petit bout de route.

J’emploie le mot image à dessein ( !) car on croit trop souvent quand on est profane qu’on obtient par magie et sans don particulier des graphismes artistiques en quelques clics.           On va être honnête : on peut obtenir des résultats assez bluffants rien que par un effet heureux du hasard, surtout quand on débute, mais on s’aperçoit vite que ce n’est pas l’intérêt de ces puissants outils de travail. Il n’y a aucune satisfaction à  réaliser quelque chose de plaisant à regarder qu’on va retrouver par exemple en fond d’écran un peu partout ailleurs ou bien qui seront belles mais ne trouveront aucun écho en nous et qu’on ne s’appropriera pas comme étant émanation de soi...
Comme dans tout art interviennent le travail, la relative maîtrise des outils -qui sont parfois complexes- et le choix. On passe progressivement d’un état où on s’amuse à un stade où on contrôle mieux ce qu’on fait et c’est à la fois un travail extérieur à soi, dématérialisé en quelque sorte et intériorisé (faire apparaître sur l’écran l’imagerie  intérieure). C’est là, à mon avis, que tous les choix et les décisions que l’on  va prendre deviennent cruciaux.
En cet art comme dans d’autres, j’essaie pour ma part d’atteindre à une sorte d’exactitude entre ce que  je sens en moi et ce que  j’obtiens sur l’écran, puis éventuellement sur le tissu ou le papier. Il m’a toujours semblé qu’il y avait là une sorte d’exigence interne à laquelle je ne pouvais pas échapper, d’autant qu’il est aussi déstabilisant, pour une artiste textile qui travaille essentiellement en confrontation directe avec la matière et sur un temps toujours long, de créer dans cette sorte de « virtualité » et beaucoup plus vite. On en tire une impression de « facilité » qui est trompeuse...la difficulté principale, pour moi, est de ne  pas s’égarer dans l’infini de chemins qui s’offrent à ce type de création.

Il y a d’abord   le point de départ : écran vide sur lequel on va dessiner ou peindre, photo, découpage, scan  d’un dessin fait à la main, et rien de ce que  j’énumérerai ici ne sera exhaustif. Heureusement et c’est ce qui fait l’intérêt de cet art récent technologiquement.

 Le choix des logiciels ouvre d'« autres tiroirs ». Un simple outil de retouche d’image propose aux niveaux des filtres par exemple pas mal de possibilités toutes réglables à l’infini donc permettant un travail personnel .J’use  pour ma part d’outils simples , et beaucoup de freeware. Il n’est donc pas  forcément besoin de matériel onéreux.

Puis à l’intérieur d’un logiciel, les simples outils de peinture et de dessins ouvrent en eux-mêmes un champ de choix (on me dira un pinceau des tubes de couleur et une feuille de papier aussi et c’est vrai) seulement, on ne travaille pas du tout de la même façon.
Ensuite, le choix des couleurs de la composition, des pointes de pinceaux . Un dessin personnel peut en générer une, particulière par sa forme,  dans une sorte de création matricielle qui produit elle-même ses propres sources et permet d’utiliser le point d’arrivée (l’image ) comme un nouveau point de départ puisqu’on peut non seulement la combiner, la modifier mais peindre avec elle d’autres dessins et ainsi de suite...
Chaque paramètre est réglable parfois à l’infini et on peut partir presque à l’aventure, ou bien travailler de manière quasi scientifique en remplissant des carnets de chiffres, de notes et d’échantillons (pour ma part j’use des deux façons de faire, selon mon humeur du moment  et ce que  je veux obtenir).
On peut choisir de  détruire le résultat si décevant,  de le garder pour faire autre chose, de l’imprimer ou de la laisser sur écran pour créer des diaporamas par exemple, et même probablement de l’animer ou pas. Et si on imprime,  on se retrouvera devant le choix crucial du format, surtout celui du ou des supports. A quoi s’ajoute l’éventuelle adaptation dans un autre art.  ( différents art textiles, en ce qui concerne ma valence principale,  là encore le choix s’ouvre :  est-ce que le dessin rendra mieux en assemblage d’étoffes, en broderie, en tapisserie ? choisira-t-on de travailler à la main ou de passer le  résultat dans un logiciel de broderie par exemple ? )
L’association éventuelle à du son ou à d’autres oeuvres issues de ces dessins qu’elles soient textes, animations ... c’est encore d’autres portes. Je ne me sens bornée pour ma part que par les difficultés que rencontre tout artiste inconnu et n’ayant guère le temps de se créer un réseau- vu celui qu’il me  faut pour créer, tout simplement-  à trouver des lieux d’exposition pour des oeuvres « multi-media » de ce type.
Encore n’ai-je fait qu’effleurer le sujet, espérant que beaucoup  d’autres se mettront aussi en route !

Jacqueline Fischer
linefi@aol.com

 

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