par Jacqueline Fischer
Jacqueline Fischer - Géométrie dévoyées n°7
J’ai dit ailleurs comment j’étais passée de l’usage des estampes numériques en tant que dessins à interpréter en textiles au travail sur le dessin numérique lui-même.
J’aimerais aborder ici les possibilités de travail avec ces nouveaux outils et laisser entrevoir vers quels possibles ils ouvrent.
J’exclus de ma démonstration tout ce qui est image en mouvement et/ou en 3D pour la raison simple que je ne maîtrise pas ces compétences.
Mais rien qu’avec des images « classiques », en deux dimensions, une infinité de possibilités « nouvelles » s’ouvrent, simplement souvent, on passe à côté. Parce qu’on les ignore .Aucun artiste n’aime donner ses secrets de fabrication , mais si l’oeuvre ne tient qu’à cela, alors ce n’est pas une oeuvre.
J’ouvre aux partages divers mon cheminement qui n’est pas celui d’une experte, mais d’une expérimentatrice passionnée et qui n’a fait encore qu’un petit bout de route.
J’emploie le mot image à dessein ( !) car on croit trop souvent quand on est profane qu’on obtient par magie et sans don particulier des graphismes artistiques en quelques clics. On va être honnête : on peut obtenir des résultats assez bluffants rien que par un effet heureux du hasard, surtout quand on débute, mais on s’aperçoit vite que ce n’est pas l’intérêt de ces puissants outils de travail. Il n’y a aucune satisfaction à réaliser quelque chose de plaisant à regarder qu’on va retrouver par exemple en fond d’écran un peu partout ailleurs ou bien qui seront belles mais ne trouveront aucun écho en nous et qu’on ne s’appropriera pas comme étant émanation de soi...
Comme dans tout art interviennent le travail, la relative maîtrise des outils -qui sont parfois complexes- et le choix. On passe progressivement d’un état où on s’amuse à un stade où on contrôle mieux ce qu’on fait et c’est à la fois un travail extérieur à soi, dématérialisé en quelque sorte et intériorisé (faire apparaître sur l’écran l’imagerie intérieure). C’est là, à mon avis, que tous les choix et les décisions que l’on va prendre deviennent cruciaux.
En cet art comme dans d’autres, j’essaie pour ma part d’atteindre à une sorte d’exactitude entre ce que je sens en moi et ce que j’obtiens sur l’écran, puis éventuellement sur le tissu ou le papier. Il m’a toujours semblé qu’il y avait là une sorte d’exigence interne à laquelle je ne pouvais pas échapper, d’autant qu’il est aussi déstabilisant, pour une artiste textile qui travaille essentiellement en confrontation directe avec la matière et sur un temps toujours long, de créer dans cette sorte de « virtualité » et beaucoup plus vite. On en tire une impression de « facilité » qui est trompeuse...la difficulté principale, pour moi, est de ne pas s’égarer dans l’infini de chemins qui s’offrent à ce type de création.
Il y a d’abord le point de départ : écran vide sur lequel on va dessiner ou peindre, photo, découpage, scan d’un dessin fait à la main, et rien de ce que j’énumérerai ici ne sera exhaustif. Heureusement et c’est ce qui fait l’intérêt de cet art récent technologiquement.
Le choix des logiciels ouvre d'« autres tiroirs ». Un simple outil de retouche d’image propose aux niveaux des filtres par exemple pas mal de possibilités toutes réglables à l’infini donc permettant un travail personnel .J’use pour ma part d’outils simples , et beaucoup de freeware. Il n’est donc pas forcément besoin de matériel onéreux.
Puis à l’intérieur d’un logiciel, les simples outils de peinture et de dessins ouvrent en eux-mêmes un champ de choix (on me dira un pinceau des tubes de couleur et une feuille de papier aussi et c’est vrai) seulement, on ne travaille pas du tout de la même façon.
Ensuite, le choix des couleurs de la composition, des pointes de pinceaux . Un dessin personnel peut en générer une, particulière par sa forme, dans une sorte de création matricielle qui produit elle-même ses propres sources et permet d’utiliser le point d’arrivée (l’image ) comme un nouveau point de départ puisqu’on peut non seulement la combiner, la modifier mais peindre avec elle d’autres dessins et ainsi de suite...
Chaque paramètre est réglable parfois à l’infini et on peut partir presque à l’aventure, ou bien travailler de manière quasi scientifique en remplissant des carnets de chiffres, de notes et d’échantillons (pour ma part j’use des deux façons de faire, selon mon humeur du moment et ce que je veux obtenir).
On peut choisir de détruire le résultat si décevant, de le garder pour faire autre chose, de l’imprimer ou de la laisser sur écran pour créer des diaporamas par exemple, et même probablement de l’animer ou pas. Et si on imprime, on se retrouvera devant le choix crucial du format, surtout celui du ou des supports. A quoi s’ajoute l’éventuelle adaptation dans un autre art. ( différents art textiles, en ce qui concerne ma valence principale, là encore le choix s’ouvre : est-ce que le dessin rendra mieux en assemblage d’étoffes, en broderie, en tapisserie ? choisira-t-on de travailler à la main ou de passer le résultat dans un logiciel de broderie par exemple ? )
L’association éventuelle à du son ou à d’autres oeuvres issues de ces dessins qu’elles soient textes, animations ... c’est encore d’autres portes. Je ne me sens bornée pour ma part que par les difficultés que rencontre tout artiste inconnu et n’ayant guère le temps de se créer un réseau- vu celui qu’il me faut pour créer, tout simplement- à trouver des lieux d’exposition pour des oeuvres « multi-media » de ce type.
Encore n’ai-je fait qu’effleurer le sujet, espérant que beaucoup d’autres se mettront aussi en route !
Jacqueline Fischer
linefi@aol.com
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