Tribune libre

La tribune d’Arts-up est ouverte à tous : l'objectif est de promouvoir de réels échanges entre les artistes ou entre les artistes et leurs publics, dans un esprit constructif et courtois, mais en dehors de toute langue de bois.

Métamorphose photoshopienne
du portrait d'un artiste d'avant-garde


Sic fluctuat imago hominis –  et « à la manière de… »

Cette photo qui n’est pas celle d’une œuvre abstraite a pour vocation lorsqu’on connaît son état premier de nous démontrer par l’intensité de la transformation subie par l’original combien notre condition humaine, malgré tous les progrès technologiques de notre époque, est soumise à des aléas souvent incontrôlables.
Ainsi un personnage d’une forte personnalité (sorte de patriarche ou de gourou chevelu et barbu, style saule pleureur givré) adepte des subterfuges visant à nous faire comprendre que si nous, nous ne le suivons pas dans ses discours philosophico-esthético-artistico-dérangeants nous sommes sans doute des ânes, des individus obtus et peu intéressants, ce personnage, donc, se trouve réduit à un ensemble de formes dont on pourrait dire peut-être qu’elle interpelle notre ego profond, démonstration oh combien frappante de la complexité et aussi de la fragilité étrange de la substance humaine, ramenant au destin fatal de nos semblables et de lui-même, ce qui force à réexaminer tout le rapport que nous établissons entre le signifiant et le signifié.
Certainement (en entrant dans la logique du personnage) cette photo peut être considérée comme une œuvre d’art extrêmement intéressante, car si nous la regardons en tant que telle, elle peut être sublime même sans rappel à l’étrangeté de son histoire, étrangeté qui lui donne une valeur indéniable grâce à son sens profond et déroutant, s’inscrivant dans une démarche de déstructuration complète de la personne  humaine, et ce dans le but évident d’initier une réflexion de construction-déconstruction  ; ce faisant, elle montre bien le sort réservé à l’Homme dans notre société dominée par le capitalisme mondial, qui écrase l’individu. Il s’agit donc là d’une métaphore physico-spirituelle qui s’exprime par des moyens informatiques simples et bien éloignés de l’esthétique classique, et nous montre combien il est inutile de maîtriser les techniques basiques de l’art pour interpeller les individus au niveau de leur vécu, l’art étant un instrument de subversion et ce parce qu’il est aussi signe de sujétion, sujétion aux standards du passé, que nous nous devons de bousculer afin d’atteindre la pleine liberté de considérer enfin comme de l’art tout ce que nous décidons de déclarer comme tel.
(Ainsi ne soit-il pas !).

Bernadette MORA
bermoradette@laposte.net



Bernadette Mora - Sub aqua
gouache


La grande falsification : L'art contemporain
de Jean-Louis Harouel

Le néant artistique abusivement appelé art contemporain est la lointaine suite de la crise de la peinture déclenchée par le progrès technique dans la seconde moitié du XIXe siècle. Sous l'effet de cette crise, la religion de l'art inventée par le romantisme s'est trouvée privée de sens. La délirante sacralisation de l'artiste par la philosophie allemande, qui lui conférait le statut de voyant, de messie, de philosophe, a basculé au XXe siècle dans l'absurde, le dérisoire, voire l'abject. Tel est le prétendu art contemporain: une religion séculière de la falsification de l'art, où l'adoration de l'art a fait place à celle du soi-disant artiste, et où l'œuvre d'art se trouve remplacée par n'importe quoi pourvu qu'il ne s'agisse pas d'art. Aussi bien tout cela est-il aujourd'hui très vieux. Dès les débuts du XXe siècle, les figures les plus radicales des avant-gardes avaient été au bout de la logique du remplacement de l'art par n'importe quoi. Tout ce qui s'est fait depuis dans ce sens n'est qu'une fastidieuse rabâcherie. Né de la volonté politique de la classe dirigeante américaine au temps de la guerre froide, le succès mondial du prétendu art contemporain est à beaucoup d'égards un accident de l'histoire. Il n'en reste pas moins que l'aberrant triomphe de cet ersatz d'art renvoie les sociétés occidentales actuelles à leur profonde déculturation.

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L’art déshonoré
par Bernadette MORA

 

Toutes les dictatures, de toute nature,  sont exécrables

A force de baptiser œuvre artistique n’importe quoi, on prostitue l’art, on le déshonore, on menace son avenir. Je me sens de plus en plus en colère, en révolte, en état de résistance, vis-à-vis de tout ce fatras que certains voudraient nous faire avaler comme étant des œuvres artistiques.
Je ne connais pas tout loin de là, je ne peux tout voir, tout lire, tout regarder, tout juger, tout appréhender en ce domaine d’une grande variété que nous proposent des multitudes d’artistes dans le monde, grâce à la multiplicité des medias, grâce aux sites, aux blogs, aux expositions, aux magazines, aux journaux… Je suis une provinciale, que certains il est sûr toiseront avec dédain voire mépris, je suis indépendante et personne ne me dicte mes opinions, mes goûts et mes choix.
Je veux m’exprimer librement, clairement, simplement, sans employer des mots savants ou pseudo-savants, sans embrouiller les lecteurs avec des phrases filandreuses. Je veux simplement rappeler le bon sens, la raison, et revendiquer la liberté de dire que l’on n’apprécie pas  des dérives ridicules.
Cela fait une quinzaine d’années, mon fils m’avait emmenée alors que j’étais en déplacement à Paris voir ce qui devait être sans doute une « installation ». J’étais sortie de là la tête pleine de perplexité et d’interrogation, car j’avais vu des appareils électroménagers, si je me souviens bien reliés entre eux, style machine à laver raccordée à un aspirateur ou à un four, je ne sais plus trop. Le tout assorti du verbiage de l’« artiste » dont je n’ai absolument rien retenu. Je me suis donc demandé ce que cet assemblage d’objets utilitaires pouvait avoir d’artistique, et évidemment je suppose que si je revoyais  le même chose je ressentirais la même impression. A la suite de cette visite nous étions allés voir je ne sais quoi dont je me souviens qu’il devait y avoir des clous, des vis ou quelque chose comme ça, en nombre assez grand.
Mais nous sommes en 2011 et je me rends compte que j’ai négligé un trésor sans doute de grande valeur : à savoir le tas de bûches que mon mari avait empilées sous un hangar, lequel tas de bûches aurait pu figurer dans une biennale, comme installation, peut-être performance si mon mari l’avait détruit et reconstruit ? Hélas, trois fois hélas, ces pauvres bûches ont subi un triste sort. Elles ont brûlé dans la cheminée, et parfois, lorsque on y brûle aussi une bûche de ramonage, cela fait des belles flammes, bleues ou vertes, évoquant des couleurs d’aurore boréale. Spectacle fugace mais sûrement plus joli que le tas de bûches ; pourtant certains firent d’un tas comparable (si je rentre dans le jeu je dirai que le nôtre est plus beau, et peut-être plus évocateur ? tout de même !) une œuvre d’art ou du moins prétendirent que c’en était une – un tas de bois fut ainsi honoré, (http://www.schtroumpf-emergent.com/tas-de-bois-dossier-presse.pdf) ainsi qu’ailleurs des cartons  dépliés posés par terre. Là encore, j’aurais dû garder tous ceux que mon mari (mon Dieu, quel vandale !) a récemment brûlés.
Je me demande souvent si c’est moi qui suis absolument « étanche » à ce genre de provocations artistiques (si l’on peut dire) ou si ces gens sont venus d’une autre planète, sur laquelle on estime que tout ce qui est déclaré œuvre d’art en devient une par la magie du verbe. A ce compte que d’œuvres d’art !
Je suis absolument convaincue du fait qu’une œuvre d’art est le résultat non d’une désignation arbitraire (ça, c’est une œuvre d’art, parce que moi, membre de la Nomenklaturart, j’ai décidé que c’est ainsi), mais d’une démarche créative, laquelle, après maintes étapes, maintes hésitations, parfois avec peine et déceptions, naît peu à peu des mains et de l’esprit de celui qui l’a imaginée et exécutée. Certes, toutes les œuvres ne sont pas des chefs-d’œuvre absolus, cela n’est pas possible. Mais si elles touchent l’esprit, le cœur, l’imagination, si elles « accrochent » l’œil du spectateur, elles remplissent leur rôle, elles s’inscrivent dans une destinée, qui n’est pas celle, artificielle et souvent horripilante, d’un objet « détourné », qui devient soi-disant intéressant du point de vue artistique.
Mais il est, me direz-vous, des œuvres qui sont justement le fruit d’une création, d’un travail et qui pour autant n’en sont pas vraiment de qualité esthétique convaincante. On pourrait même les qualifier d’exécrables.
Tout cela bien sûr parce qu’on a déclaré que beaucoup trop de tableaux, sculptures, et autres créations, sont dignes d’être admirés, récompensés, alors que… bon, si je pense à certains, je ris ou je pleure ? Si l’on se met au diapason, on peut considérer comme une œuvre d’art une vieille godasse peinte en rouge, un rouleau à pâtisserie peinturluré, que sais-je encore ? Que dois-je penser d’une statue de policière accroupie en train d’uriner?* Que puis-je ressentir face à des « performances » qui sont moins agréables à regarder qu’un salon ou une chambre à coucher ? Dans lesquelles les objets et meubles du quotidien sont bien moins mis en valeur que dans les galeries des magasins d’ameublement ? On nous présente des fatras en désordre, des objets disposés comme s’ils avaient été dispersés par un cambrioleur et voilà qu’il faut qu’on trouve ça intéressant. Excusez-moi, dois-je boire un peu avant afin que l’ivresse trouble mon jugement ?
Je pense qu’on se moque de nous, et que tous ceux qui font semblant de trouver ça beau sont des vandales, qui font que l’on assiste à des dérives absolument scandaleuses.
Une Ukrainienne a découpé son chien (vivant) avec l’aide d’une amie (vétérinaire !), a pris des photos,  et devant l’indignation et l’horreur qu’elle a soulevées, a dit qu’elle voulait « faire de l’art ».
Si l’on regarde des images de certaines biennales… il y a de quoi s’arracher les cheveux !
Je me demande à nouveau, après les avoir regardées, si je suis bien de la même espèce que tous ces gens qui y exposent  – et que ceux qui se rengorgent et admirent -ou font semblant ??? C’est carrément désespérant – ou rageant – ou hideux – ou les trois à la fois.
Quand, enfin, sortira-t-on de ces habitudes exécrables qui consistent à vouloir faire prendre aux spectateurs des vessies pour des lanternes, en faisant de grandes phrases creuses et prétentieuses pour essayer de faire passer ainsi des horreurs pour des œuvres artistiques ?
Qui battra en brèche l’influence de ces donneurs de leçons et remueurs de vent, de poussière et de néant, qui veulent régner sur l’art contemporain en décrétant que l’on ne doit pas en plus les critiquer, puisque une personne comme Nicole Estérolle qui dénonce le « foutage de gueule » se fait traiter de « facho » (et pourquoi pas lancer une fatwa contre elle, tant qu’ils y sont ?).
On ne demande pas aux « artistes » d’explorer nos mémoires ou de faire des discours sur le politiquement correct. On leur demande de nous faire rêver, de nous éblouir, de nous sortir des réalités quotidiennes qui pour beaucoup ne sont pas drôles ; on leur demande de nous présenter des œuvres issues de leur travail, de faire que nous ayons envie de revoir leurs créations, qu’elles apportent dans nos vies de la poésie, de la couleur, de la magie, de l’harmonie, que ce qu’ils exposent soit digne d’être rattaché à l’art, et non à des discours vaseux, à des considérations pseudo-politiques !
Je pense à un moment de ma vie que j’ai passé à regarder les « Nymphéas », j’étais assise à les contempler, immergée dans ce monde de grâce picturale ; à l’époque j’avais quelques problèmes et cette contemplation m’avait vraiment fait du bien. Aurais-je eu la même satisfaction à regarder toutes ces extravagances que l’on voudrait nous imposer comme artistiques ? Pourquoi poser cette question ? La réponse est évidente (le succès phénoménal de l’exposition Monet est un signe). Cet insupportable côté trivial, tel qu’il se révèle dans cette statue de policière, est vraiment déplorable et triste.
Des milliers d’artistes véritables de par le vaste monde mériteraient d’être connus et ce parce qu’ils ne se moquent pas de ceux qui attendent de voir autre chose que des œuvres navrantes qui ne peuvent, chez des gens ayant une vraie sensibilité artistique susciter que du rejet et de l’incompréhension, et qu’ils présentent, au contraire, des productions artistiques dignes de ce nom.
Mais ils ne sont pas dans la mouvance de ces tyrans et donc ont du mal à se faire une place sur le marché, pourri, hélas, et qu’un jour il faudra bien libérer de ces chaînes scandaleuses.
Mais comment ne pas être irrité, quand on passe des heures à imaginer, à élaborer, à créer, à peaufiner, que sans cesse « sur le métier on remet son ouvrage », que l’on va de temps en temps jeter un petit coup d’œil à l’œuvre en préparation, que l’on doute, que l’on se dit finalement que le travail est achevé, que l’on se demande s’il va plaire, et que l’on voit qu’un tas de bois ou autres choses de ce genre sont l’objet d’une exposition avec vernissage et publicité ? Il y a de quoi vraiment se demander si les critiques d’art et leur cohorte d’artistes sont tous tombés sur la tête.
Un couteau ou un chien dressé à la férocité peuvent devenir des armes « par destination » ; un objet ou un ensemble d’objets  ne peuvent devenir des œuvres d’art « par destination » que s’ils ont déjà une existence propre en tant qu’objet d’art. On ne déguise pas en œuvre d’art un objet banal, en le couvrant de peinture ; tout le monde à ce moment-là peut en faire autant. Pourquoi faire les Beaux Arts pour en arriver là ?
J’ai lu en diagonale plusieurs commentaires d’œuvres qui m’ont « interpellée » par leur manque de substance et leur extravagante prétention (je parle des œuvres et des commentaires à la fois), je n’ai pas continué, j’ai eu peur de devenir folle ou – sans aller jusque-là – de me demander si je suis vraiment bizarre de ne pas apprécier – ou si ce sont les auteurs qui le sont.
En conclusion : arrêtez, je vous prie, de nous faire prendre pour des œuvres d’art des choses d’une banalité (voire d’une laideur) telle que des dessins d’enfants de l’école maternelle sont souvent aussi agréables sinon plus à regarder – et ces petits au moins ne sont pas prétentieux ! Arrêtez donc de vous moquer de nous !

Bernadette MORA
bermoradette@laposte.net

 

* « Exposée dans une salle de l'école des Beaux-Arts de Dresde, "Petra" porte un uniforme anti-émeutes vert foncé aux couleurs de la police allemande, un casque blanc et est accroupie, fesses à l'air et pantalon partiellement baissé. Cela n'est pas du goût de tous ». (NouvelObs.com, jeudi 20 janvier 2011). L’artiste a reçu 1000 euros de récompense. Eh oui, messieurs-dames.

 


Bernadette Mora

Née à Auch en 1938, Bernadette Mora a fait ses études à l'Université de Poitiers.
Ancien ingénieur d'études au CNRS et spécialiste de l'épigraphie médiévale, elle est aussi une artiste reconnue qui expose au niveau international et dont les oeuvres sont présentes dans des collections privées de collectionneurs de nombreux pays (France, USA, Grande-Bretagne, Japon, etc.).

 

 

 

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