Tribune libre

La tribune d’Arts-up est ouverte à tous : l'objectif est de promouvoir de réels échanges entre les artistes ou entre les artistes et leurs publics, dans un esprit constructif et courtois, mais en dehors de toute langue de bois.

Bernadette Mora

Née à Auch en 1938, Bernadette Mora a fait ses études à l'Université de Poitiers.
Ancien ingénieur d'études au CNRS et
spécialiste de l'épigraphie médiévale, elle est aussi une artiste reconnue qui expose au niveau international et dont les oeuvres sont présentes dans des collections privées de collectionneurs de nombreux pays (France, USA, Grande-Bretagne, Japon, etc.).


©Bernadette Mora


L' art contemporain ne signifie pas l'art d'aujourd'hui. C'est un label qui estampille une production particulière parmi d'autres : l'art conceptuel promu et financé par le réseau international des grandes institutions financières et culturelles et, en France, par l'État. Né dans les années 1960, il est apparu dans les années 1980 comme le seul art légitime et officiel ; mais ce temps semble toucher à son terme. Sa visibilité officielle occulte un immense foisonnement créatif : l'art dit " caché ", suite naturelle de l'art depuis le paléolithique. On y trouve aussi bien le " grand art " que les artistes amateurs. Plus encore, le " grand art " aujourd'hui suit des voies singulières ; il n'est plus porté par aucun style ; il est donc difficile à reconnaître et à apprécier. Mais il existe et qui veut le chercher le trouve ! Cet essai très documenté explicite l'histoire et la nature de l'art contemporain. Il retrace les péripéties de la controverse, le plus souvent souterraine, qui agite le milieu de l'art depuis plusieurs décennies, jusqu'à ses tout derniers épisodes. Il dévoile cet art dissident que l'art officiel cache. Et surtout, il rend la parole aux artistes sur leur pratique et sur le sens qu'ils lui donnent.
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Qu'est-ce qu'un faux ? Nous semblons aujourd'hui pouvoir répondre simplement à cette question. Pourtant, la valeur de la signature et du style, la pratique de la copie et du pastiche, les liens entre maître et atelier, les méthodes d'attribution, l'histoire du goût et des institutions, enfin le questionnement de l'authentique dans la reproduction et le multiple n'ont pas toujours été les mêmes selon les lieux et les époques. Evaluer les frontières du faux et de l'authentique revient à s'interroger sur l'artiste et son statut d'auteur, sur l'objet lui-même et sa valeur, sur la société et le regard qu'elle porte, les réponses qu'elle donne à cette question. Diverses approches sont ici mises à profit : esthétique, technique, juridique, sociologique et culturelle. Elles couvrent principalement le champ des arts visuels, mais aussi celui de la littérature et de la musique, et nous montrent combien, finalement, le faux à partie liée avec l'invention. Les diverses contributions réunies dans ce recueil nous permettent d'approfondir notre réflexion sur cette question et nous font découvrir, derrière l'apparente simplicité de départ, une grande richesse et complexité du sujet.

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L'art n'est plus fait par ceux qui avaient l'habitude de le faire, mais par ceux qui le montrent : gens de musée, fonctionnaires de l'art, collectionneurs, communicateurs et mécènes. Aux artistes se substituent les commissaires : commissaires d'exposition, commissaires à la circulation, commissaires priseurs. C'est le monde de l'art qui fait l'art. Ce livre montre que l'art contemporain peut exister tout en s'affranchissant de toute référence à l'œuvre et au public.
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L'auteur
Philosophe, membre de l'Institut universitaire de France, Yves Michaud a été directeur des Beaux-Arts. Il dirige actuellement l'Université de tous les savoirs. Auteur de nombreux ouvrages, il a notamment publié L'art à l'état gazeux et Critères esthétiques et jugement de goût .

Le noir et les couleurs, quelques réflexions

Bernadette Mora - L'envol
bernadette mora envol Noir comme la burqa qui enferme  les femmes
Noir comme la forêt consumée par les flammes
Noir comme la marée qui englue les oiseaux
Noir comme un champ couvert par un vol de corbeaux
Noir comme le regard de Dieu sur notre monde
Noir comme la nuée sur le volcan qui gronde
Noir comme les desseins des tyrans de la Terre
Noir comme le mental des artisans de guerre
Noir comme un ciel avant l’orage
Noir comme un tableau de Soulages.

On a déjà bien sûr beaucoup écrit sur le noir, et évidemment très souvent à propos de ce peintre si connu que j’évoque, Soulages, dont les œuvres fascinent certains et laissent d’autres indifférents, ou leur déplaisent carrément.

Dans le cadre de cet article j’aborderai  plusieurs aspects autres qu’artistiques, sans avoir ni l’ambition ni la possibilité – à cause du format restreint du texte –  de pouvoir creuser vraiment le sujet ; simplement j’aimerais montrer l’importance de la couleur dans la vie.

Les couleurs (ainsi que le noir) peuvent être envisagées à plusieurs points de vue : symbolique, linguistique, littéraire aussi bien sûr, artistique, physique voire médical ; et aussi tout simplement, par rapport à leur rôle dans la vie de tous les jours. Les couleurs sont depuis la nuit des temps employées de façon souvent symbolique, elles font partie de l’inconscient collectif, elles reflètent aussi des caractéristiques sociales, des conditions particulières. Le prix élevé de certaines teintures a fait que des couleurs comme le pourpre ont été utilisées dans les vêtements des personnes fortunées, alors que les gens du peuple s’habillaient avec des habits de couleurs ternes. Même le noir fut cher ! Les couleurs ont dans la société en général un rôle d’identification et d’appartenance à un groupe, à une catégorie, à une idéologie, à une nation. Leur rôle dans l’histoire des sociétés a changé suivant les événements et leur évolution.

Le  noir est symbole d’autorité, de mystère, de deuil, de peur, de mal, le drapeau anarchiste et le pavillon des pirates sont noirs. Entre autres personnages, le ténébreux et maléfique Dark Vador, dans la saga de la « Guerre des étoiles », symbole du « côté obscur de la Force », est noir de la tête aux pieds ; le justicier Zorro est vêtu de noir, monté sur son cheval noir, car il représente la justice et la punition des bandits. Le noir est présent dans des expressions courantes du langage commun :  broyer du noir ,  avoir des idées noires , entrer dans une colère noire, nourrir de noirs desseins ; on parle aussi de liste noire, de la noirceur d’une âme…

Les couleurs ont une fonction symbolique dans la langue de tous les jours : rire jaune, voir rouge, avoir une peur bleue, avoir des bleus à l’âme, être un bleu, être vert de peur, se mettre au vert, aller au diable vert, voir la vie en rose, etc.  ; ce qui démontre leur importance dans notre imaginaire et notre vécu. Baudelaire écrit dans son sonnet « Correspondances » : « Dans une ténébreuse et profonde unité, Vaste comme la nuit et comme la clarté, Les parfums, les couleurs et les sons se répondent ». Verlaine attribue des couleurs aux voyelles ; il donne un rôle poétique à la nuance : « Car nous voulons la Nuance encor, Pas la Couleur, rien que la nuance! Oh! la nuance seule fiance Le rêve au rêve et la flûte au cor ».

Les couleurs sont des vibrations ; on distingue des couleurs chaudes et des couleurs froides : la chromothérapie les emploie comme une sorte de médecine « douce », en jouant sur leurs vertus liées à leurs propriétés physiques. On peut mesurer la longueur d’onde qu’elles émettent ; le spectre des couleurs a été mis en évidence par Isaac Newton en 1665. Le «spectre de Bélizel » est le résultat de recherches des radiesthésistes Bélizel, Morel et Chaumery ; il est constitué des couleurs allant des infrarouges aux ultraviolets. Les couleurs ont des propriétés liées à la longueur d’onde émise.
Le noir (obtenu par un mélange de pigments absorbant chacun une longueur d'onde, combinés de manière à toutes les absorber, voir l’article de Wikipédia) peut avoir une action apaisante car il prépare l’organisme au repos, mais il peut également produire des effets déprimants si on l’emploie de façon exagérée, en exposition trop longue.

Le blanc a en soi quelque chose de positif, de pur, il est, en opposition avec le noir, un élément fondamental de notre perception du monde ; en même temps tous deux sont tempérés dans leur puissance évocatrice, lorsqu’on parle d’un univers qui n’est pas vraiment manichéen, où il y a plus de gris que de noir ou de blanc ; ou des hommes qui ne sont pas vraiment noirs ou blancs (pas plus du reste que jaunes) puisqu’ils présentent une large gamme de couleurs de peau ! Associé au noir dans l’habillement, le blanc donne une touche de sobre élégance ; il le rend moins strict et moins sévère. Il  est en tout cas considéré comme possédant une action énergisante, stimulante, tonifiante ; pourtant c’est aussi la couleur de l’hiver, et la couleur du deuil en Asie, ce qui nous montre les différences d’appréciation suivant les cultures. Le noir absorbe la lumière et la chaleur, le blanc les renvoie.

Le rouge aide à soigner l’anémie, le lymphatisme. On lui associe bien sûr le feu, le sang, il est à la fois tonique et violent, associé à des symboles politiques. C’est un excitant, ainsi que le rose, qui l’est mais moins fortement ; c’est pourquoi, malgré son action plutôt positive (antistress, apaisante) il est déconseillé de l’utiliser seul dans un lieu consacré au repos.

Le jaune, tonique, non excitant,  apporte de l’énergie, peut aider une personne déprimée à voir … la vie en rose !. Dans cette même catégorie de couleurs tonifiantes, l’orange aurait des vertus de stimulation du cœur et de la thyroïde, il est antispasmodique, aiderait à la digestion, à la convivialité, bref, une couleur vraiment très sympathique !

Le bleu, une des couleurs les plus présentes dans le ciel, la mer, couleur très symbolique (il représente l’immortalité, et le calme et la paix dans certaines civilisations) la préférée des Français paraît-il, aurait aussi bien des vertus et serait en outre fébrifuge. Les astronautes en manque de lumière naturelle peuvent bénéficier d’une séance de lumière bleue Le vert très apaisant également (lui aussi chargé en symboles !) calme l’esprit et revitalise l’organisme, rassérène et met en confiance. Quant au violet, il apaise, combat l’insomnie, lutterait contre les intoxications et même contre les problèmes articulaires ! Cependant il a aussi une connotation plus sombre, il symbolise l’autorité et évoque le deuil, car c’était la couleur de draps posés sur le cercueil lors de cérémonies funèbres.

Toutes ces valeurs attribuées aux couleurs nous montrent l’importance qu’elles peuvent avoir dans notre vie quotidienne, même si nous ne nous doutons pas toujours de l’influence qu’elles exercent sur nous et notre entourage. Chacun peut avoir une couleur préférée, certainement avec des raisons que nous ne saisissons peut-être pas nous-même, et même une couleur bénéfique.

Il est évident que la nourriture, la gastronomie, ont une relation avec la couleur. Les aliments appétissants ont souvent une couleur franche, l’œil est attiré par des teintes vives et les arrangements souvent très décoratifs des cuisiniers (ou cuisinières, ne soyons pas exclusifs ) excitent l’appétit mais souvent aussi ravissent l’œil ! Peu d’aliments sont noirs ou de couleur vraiment sombre (le caviar, la truffe… un peu chers… la réglisse, les myrtilles, les mûres et les raisins « noirs » qui, lorsqu’ils sont rouges, c’est qu’ils sont verts, selon une plaisanterie connue !). Un petit morceau de truffe ou un peu de caviar… cela  met en valeur les couleurs des autres composantes d’un mets, mais bon… point trop n’en faut non plus (à tous points de vue !). Il m’est souvent arrivé au restaurant d’avoir envie de photographier un plat ou le dessert avant de le consommer, tant il était présenté avec goût, composant un tableau qui flatte l’œil avant de contenter le palais. Les grands chefs sont très attentifs à la beauté de la présentation, indissociable de la gastronomie.  Dans le domaine de l’alimentation nous sommes habitués à voir des fruits et des légumes de couleurs bien précises par rapport à leur catégorie ;  c’est ainsi que les  tomates noires de Crimée, n’ont pas grand succès auprès de certains, à cause de leur aspect. Les étals des marchands d’épices en Orient, Asie, Afrique offrent une riche palette de teintes variées : un bonheur pour les yeux et en même temps un festival de senteurs.  Les jardineries, à la saison de vente des plants de fleurs, les jardins eux aussi, évidemment, sont bien souvent un enchantement – jardins célèbres comme celui de Monet ou jardins anonymes ! De plus,  ils associent le plaisir sensuel des parfums, des fragrances, à la beauté des  touches colorées ; c’est une superbe harmonie.

On pourrait évidemment continuer longtemps à disserter sur la couleur, les couleurs, les couleurs primaires, secondaires, les nuances, les irisations, les diaprures, les contrastes, les camaïeux, les dégradés… Il est des milliers d’œuvres – de l’homme et de la nature –  que l’on pourrait contempler, en se plongeant dans des univers fascinants, qui ravissent l’œil et l’imagination, qui nous montrent la maîtrise de ce monde absolument inépuisable que nous offre l’utilisation de la magie chromatique. Les couleurs constituent un véritable vocabulaire visuel ; se priver de la multiplicité des ressources qu’elles présentent est une attitude restrictive assez étrange ; comme écrire un livre en utilisant seulement quelques mots.

Gauguin a écrit : «  Rejetez le noir, et ce mélange de blanc et de noir qu'on nomme le gris. Rien n'est noir, rien n'est gris. Ce qui semble gris  est un composé de nuances claires qu'un oeil exercé devine ».

Ce que je veux souligner c’est surtout mon étonnement: comment peut-on,  à mon humble avis…, se passer de l’infinie richesse que nous donnent les couleurs ? Ne jouer que sur quelques notes, voire une seule, d’une si riche gamme ? N’utiliser qu’un seul instrument parmi tant qui peuvent composer une symphonie ? Ne montrer que la nuit, l’obscurité, la pénombre, les ténèbres, alors qu’existent le jour éclatant, le soleil, la beauté des ciels et des mers, des fleurs, les nuances des saisons, le vert des prés et des forêts, toutes les richesses des teintes de la nature, qui baignent notre univers, qui nous donnent énergie et bonheur ? Est-ce une forme d’ascèse, de masochisme, de nihilisme ? N’utiliser que le noir c’est comme cacher la beauté d’une femme sous une burqa.
Bien sûr certaines photos (et films ) en noir et blanc sont souvent très belles par leur sobriété, leur côté épuré, leur graphisme (de même que peuvent être superbes des œuvres au fusain, à l’encre de Chine) ; elles offrent un reflet du monde différent. C’est un domaine autre, d’une plus austère beauté.

Le noir en peinture est pour moi dans la gamme chromatique un élément de contraste utilisé ainsi que d’autres teintes sombres pour faire ressortir, magnifier  et mettre en valeur les autres couleurs d’un tableau ; toujours à mon avis propre, il est triste et déprimant lorsqu’il est utilisé seul et sur des grandes surfaces, même dans ses variations.  En écrivant ceci je pense à toutes les formes et à tous les styles de peinture, du reste, car j’estime que priver la peinture de couleur c’est lui retirer son âme, son sang, son nerf, ses muscles, c’est en faire un squelette. D’autres pensent autrement, certainement. L’essentiel est pour moi de pouvoir exprimer ce que je ressens. Un tableau noir entièrement, même avec des « nuances » ne m’inspire absolument rien. Sinon des questions sur la fascination qu’il peut exercer. Personne n’est dans l’obligation d’admirer ou d’aimer ce qui ne lui suggère rien ou lui déplaît carrément.

Bernadette Mora
bernadette.mora186@orange.fr


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