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![]() œuvre 2 : Prélude au choral », 1988 |
![]() œuvre 3 |
Albert Lauzero, peintre (1909-2006)
par Bernadette Mora
Il y a quelques années, je rencontrais parfois dans la rue principale du village de Puycasquier où j’habite, un couple de personnes âgées ; sans les connaître vraiment, je savais pour en avoir entendu parler que ce monsieur était un peintre vivant non loin de là, et qu’il s’agissait d’Albert Lauzero.
Il y a peu de temps encore, je n’avais pas eu l’occasion de voir une exposition de ses œuvres, dont je connaissais peu de choses finalement.
Ce peintre nous a quittés en 2006; un hommage vient de lui être rendu par sa ville natale, Fleurance, à l’occasion du centenaire de sa naissance ; une exposition a présenté dans la Galerie Laurentie (12 août-12 septembre) un choix d’œuvres de cet artiste qui eut une longue carrière, commencée en 1947 à Paris, et jalonnée de nombreuses expositions en France et à l’étranger (Angleterre, Suisse, Canada, Etats-Unis, Venezuela, Japon).
En 2005, Lauzero avait 96 ans ; la ville de Montmorency lui consacra une exposition rétrospective, «De 1933 à nos jours». D’autres hommages lui furent rendus les années suivantes. Fleurance honora donc tout récemment cet artiste qui vit le jour dans cette cité gasconne. Une plaque commémorative a été apposée le 24 août sur la façade de sa maison natale. Madame Lauzero que j’ai rencontrée lors de l’exposition m’a confié quelques documents – ce dont je la remercie – afin que je puisse écrire cet article, succinct certes, mais qui donne une idée de la belle carrière de son époux. Outre les toiles, des aquarelles étaient exposées ainsi que des croquis, des documents placés dans la vitrine (photo ci-dessous) et concernant la jeunesse de l’artiste et sa famille.

Revenons sur la vie d’Albert Lauzero : le moment de sa naissance est pour la peinture celui de la disparition de quelques impressionnistes ; les expressionnistes, les fauves, les cubistes et les peintres abstraits commencent à se manifester.
Albert Lauzero s’installa à Paris à l’âge de 18 ans, et fut séduit par la lumière de l’Ile-de-France. Il dut pour raison de santé quitter la capitale plusieurs années, et put y revenir en 1938. A ce moment-là il fréquente l’Académie de la Grande Chaumière, où il bénéficie des conseils d’Othon Friesz ; il s’initie aussi à la gravure. Il vit désormais à Soisy-sous-Montmorency. En 1954 il quitte Soisy pour s’installer avec sa famille au Bas-Pommeret à Montmorency. Il peindra plusieurs œuvres inspirées par la forêt du lieu (La Châtaigneraie, une toile de 1961 porte ce nom ). En 1957 il se consacre surtout à la peinture en atelier, ce qui lui permet d’élaborer un nouveau style de travail « avec des recherches de structures poursuivies en dessin et aussi grâce à l’eau-forte ». Dès cette année il fait des séjours courts mais fructueux en Baie de Somme (photo 1), au Hourdel, site qui l’inspire beaucoup (« Lumière du Hourdel »).
Jusqu’en 1958 il peint surtout des paysages (« L’épicerie rouge », « L’église de Montmorency sous la neige ») et son style est encore influencé par les post-impressionnistes. Par la suite ses toiles deviennent plus grandes, souvent inspirées par la musique (« Au Jazz Club », 1977 ; « Prélude au choral », 1988 (photo 2) , « Violons, orgues et hautbois », 1991) ; son style évolue, se fait plus personnel, la composition de ses œuvres évoque un compromis entre la figuration et l’abstraction, la lumière y jouant un grand rôle (« Soleil sur la ville », 1984) ; des taches de couleur vibrantes (on est frappé par le rôle souvent prédominant des bleus) accrochent le regard (photo 3) et laissent une grande part à l’imagination du spectateur, qui les reçoit selon sa sensibilité propre. On peut dire de ces œuvres qu’elles sont des peintures rythmiques et qu’elles dégagent l’équivalent pictural d’une sonorité dynamique. Ceci est particulièrement net dans une œuvre comme « Prélude au choral », dans laquelle les tuyaux d’orgue, associés à un vitrail semblable à une gemme rayonnante, semblent résonner à l’unisson avec celui-ci, associant le son et la lumière. Il faut souligner que ce peintre amoureux de la musique avait repris pendant deux ans des leçons de violon, instrument qu’il regrettait d’avoir abandonné trop tôt.
Ces œuvres sont empreintes de la forte personnalité de cet artiste, homme énergique, qui, soucieux de sa forme physique, participa au Cross du Figaro jusqu’à l’âge de 81 ans !
Enumérer ses voyages, en France et à l’étranger, serait trop long, de même que de citer toutes les expositions de ses œuvres, dans de nombreues galeries, les Salons dont il devint sociétaire, les prix qu’il a reçus, les acquisitions de ses œuvres par divers organismes (l’Etat, la Ville de Paris, des villes voisines de Montmorency, etc.).
Il retrouva en 1970 la lumière de sa Gascogne natale (souvent comparée à la Toscane), et réalisa de grandes toiles dans son atelier d’été, situé à Pis, petit village tranquille de la campagne gersoise, pas très loin de Fleurance, où vit madame Lauzero.
Bernadette Mora
bernadette.mora186@orange.Fr






