Point de vue et commentaires

Hommage au cheval. Le cheval dans l’art, l’art équestre
petite évocation, par Bernadette Mora

Mirondella,  
galerie d’art en ligne

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Une histoire du cheval :
Art, techniques, société

de Jean-Pierre Digard

Depuis la plus haute Antiquité jusqu'à la période la plus contemporaine, l'art a accordé au cheval un statut privilégié, dont l'historien sait tirer des leçons, même quand les représentations prennent du champ par rapport à la réalité. Associant un essai historique et sociologique à une iconographie souvent inédite (sculptures, poteries, bas-reliefs, tapisseries, gravures, peintures, photographies, etc.), cet ouvrage s'attache à confronter ce que l'on sait de l'histoire "réelle" du cheval et ses représentations dans les arts figuratifs. Si l'on croit bien connaître le cheval, on néglige trop souvent à quel point son histoire a de tout temps évolué au rythme de celle de l'homme. Le cheval a accompagné toutes les étapes des civilisations; il s'est fait mythe, tout en participant à la vie la plus quotidienne. Agriculture, art militaire, transport, loisirs... il n'est de domaine de l'activité humaine qui n'ait été marqué par la présence sensible de ce puissant compagnon de l'homme. Nous conduisant de la préhistoire à l'ère des loisirs équestres, Jean-Pierre Digard soulève, parfois de façon iconoclaste, toutes les questions liées aux représentations historiques et artistiques du cheval, ainsi due celles portant sur son rôle actuel et sur son avenir en tant qu'espèce

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Dictionnaire illustré
des sculpteurs animaliers & fondeurs
de l'Antiquité à nos jours :
Coffret en 2 volumes

"Ce dictionnaire sur le Bestiaire sculpté est une immense entreprise qui souligne l'importance dans l'art de la représentation de l'animal, qui inspira et inspire tant d'artistes, de Lascaux à César... Ouvrage d'Art, ouvrage de référence, tous les domaines de la sculpture animalière sont présents dans cette édition. C'est une somme que tout artiste, historien, collectionneur, marchand ou bibliothécaire se doit de saluer. "
Pierre-Yves Trémois, membre de l'Institut

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Collection Palettes , l'intégrale - Coffret collector 18 DVD
par Alain Jaubert

Palettes: une série de films consacrés aux grands tableaux de l'histoire de la peinture.Grâce aux plus récentes techniques de l'animation vidéo , les secrets des images sont racontés comme autant d'aventures dans le plaisir et la découverte. Cette intégrale présente une collection de 50 films , une exploration de 50 tableaux de maître par Alain Jaubert. Disponibles pour la première fois: 4 dvd inédits(Le Caravage , Véronèse, Kandinsky , Bacon...) ainsi qu'un entretien exclusif avec Alain Jaubert sur l'histoire de Palettes. 


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A mon cheval Okandy, mon anglo-arabe, qui est une des lumières de ma vie.


Okandy - Pastel de Bernadette Mora

A Okandy bernadette moraRécemment j’ai été vraiment émue et révoltée de voir combien les chevaux étaient méprisés et maltraités lors des transports vers les abattoirs, et sur ces lieux. Ce qui m’a frappée le plus c’est le fait que des juments suitées, accompagnées de tout jeunes poulains, soient envoyées dans cet endroit sinistre. J’ai imaginé la détresse et l’incompréhension, le stress, la douleur ressentis… tout cela pour tuer la mère mais aussi un petit animal dont on ne fera rien, de surcroît. Je me suis dit que je devais absolument faire quelque chose, mon cœur de mère, de cavalière, d’amie des animaux,  s’étant violemment indigné de cette abomination. Donc j’ai décidé, déjà, d’écrire cet article !

Les chevaux, depuis la nuit des temps, ont accompagné notre vie. Même si avec la mécanisation leur rôle n’est plus le même, cela ne change rien au fait que pendant des siècles ils ont été le seul moyen de transport et le plus rapide, qu’ils ont aidé aux travaux des champs, passé parfois leur vie dans des mines (jusqu’en 1971), qu’ils ont souffert et qu’ils ont péri dans des batailles* (et que de nos jours dans des corridas il leur arrive d'être encornés et éventrés !) ; qu’ils ont aussi été une source de joie, d’accomplissement sportif, qu’ils nous ont émerveillés par leur beauté, leur majesté, leur force, qu’ils mettent à notre service alors que bien souvent nous ne le méritons pas, et qu’ils pourraient bien plus souvent qu’ils ne le font nous jeter par terre !

Il est évident que les représentations du cheval sont innombrables, que ce soit dans le dessin, la peinture, la sculpture, la photographie, le cinéma (il inspira aussi des musiciens, comme Wagner, avec la fameuse « Chevauchée des Walkyries ») ; qu’il occupe dans la littérature également une grande place, et que dans notre langue des expressions familières sont issues de la pratique équestre. Le cheval n’est pas un animal comme les autres, même nos amis plus intégrés à la vie de la maison, comme les chiens et les chats, n’ont pas le même rôle dans l’imaginaire et dans l’inconscient collectif. Depuis le minuscule falabella (issu de croisements), les poneys shetland, jusqu’aux « géants », le shire, et clydesdale, en passant par toute une gamme de poneys plus grands, de chevaux de toutes races et de toutes robes, depuis le blanc lipizzan jusqu’au noir frison, les amoureux du cheval peuvent trouver leurs favoris, et les artistes des sujets équestres très différenciés. N’oublions pas aussi les chevaux des légendes, de la Bible, des récits hagiographiques, des contes, de la mythologie, et les centaures !

Les premières représentations connues sont bien sûr celles que l’on peut admirer sur les parois des grottes préhistoriques comme à Lascaux, dans la grotte Cosquer, au Roc-aux-Sorciers près d’Angles-sur-Anglin (Vienne) où l’on peut voir des animaux sculptés et aussi peints –  parmi les sites les plus connus en France ; le cheval, suivi par le bison, est un élément essentiel des représentations de l’art pariétal (60,2 % à Lascaux). Le cheval dit de Przewalski, qui est encore présent dans notre monde actuel, a des caractéristiques très proches de ceux représentés sur ces fresques, par sa silhouette trapue, sa crinière courte et raide. Au cours des siècles les sculptures, les peintures, les gravures se mutliplient ; tantôt le cheval est figuré seul, tantôt il porte un cavalier, guerrier très souvent ; d’autres fois il est représenté accomplissant des travaux des champs. Bien entendu, l’on sait qu’il faut attendre l’avènement de la photographie (photos de Eadweard Muybridge) pour que la reproduction du mouvement du galop soit exacte, la rapidité du mouvement empêchant que l’observation oculaire seule puisse en déterminer les différentes phases. C’est pourquoi nous voyons parfois d’étranges positions de chevaux au galop, dont les antérieurs et les postérieurs étirés ensemble en position maximum donnent une idée tout à fait fausse de la réalité. D’ailleurs il est vrai que les personnes qui fréquentent souvent et de près les chevaux ont souvent un regard critique sur leurs représentations, trouvant toujours un petit détail soit du harnachement, soit de l’anatomie du cheval, soit de la position du cavalier, qui leur paraît inexact !
On ne peut bien sûr en un article donner un panorama complet de tout ce qui dans l’art se rapporte au cheval. Des volumes entiers seraient nécessaires, donc nous choisirons quelques exemples représentatifs. Le cheval est montré soit en tant que sujet seul, soit en tant que partenaire de l’activité humaine, et il sert souvent de faire-valoir dans ce cas, par sa beauté, sa majesté. Il donne une allure martiale à des hommes qui à pied feraient parfois pâle figure !

Au cours des âges, bien des choses ont évolué en ce qui concerne les chevaux. Leurs silhouettes, leurs « modèles », leur harnachement, la façon de les monter, de les utiliser dans les diverses disciplines et usages sont autant de facteurs de diversité que l’on retrouve évidemment dans les représentations qui en ont été faites, et sont faites, étant donné que les races sont nombreuses et très différenciées ; elles sont le témoignage de l’évolution du rôle du cheval dans notre vie, de la façon dont nous les avons employés et équipés au cours des siècles.

Si l’on se réfère par exemple aux cavaliers des frises du Parthénon (œuvres de Phidias) on voit des montures puissantes et musculeuses, aucun harnachement sur ces chevaux, le tout donne une impression de force et d’harmonie. Le cheval qui porte Marc-Aurèle domine avec lui à Rome la colline du Capitole, cette colossale statue est un symbole extrêmement fort de la puissance impériale. En sautant des siècles, nous pouvons voir une scène de bataille étonnamment  riche dans le tableau d’Albrecht Altdorfer, conservé à la Alte Pinakothek  de Munich, « La bataille d’Alexandre », extraordinaire rassemblement foisonnant de chevaux dans cette oeuvre  « à grand spectacle », qui m’a sidérée lorsque je l’ai vue dans ce musée. Le cheval représenté dans la guerre, sujet évidemment très courant, est un témoignage de l’évolution des costumes, des armes, ce qui est un appoint précieux pour l’histoire.

La statue équestre d’Anne de Montmorency à Chantilly est un exemple remarquable de précision : le harnachement du cheval est rendu avec tous ses détails, ainsi que l’équipement du connétable. C’est non seulement une œuvre d’art, mais aussi une source précise pour l’historien.


statue d'anne de montmorency

Statue équestre d’Anne de Montmorency

 

Bien plus tard, dans une toute autre optique,  le peintre expressionniste allemand Franz Marc peint des chevaux de couleur : un cheval bleu, d’autres rouges, faisant en quelque sorte entrer le cheval dans un univers de fantaisie onirique.

Pour terminer cette rapide et forcément imparfaite évocation du cheval dans l’art, je me suis intéressée à un exemple tout à fait inattendu : au Japon l’art des rizières est apparu en 1993, puis a été à partir de 2005 perfectionné à l’aide d’ordinateurs. Différentes variétés de riz sont plantées dans des rizières suivant des schémas bien précis et depuis une hauteur ou le ciel on voit les motifs réalisés. Ainsi on trouve, entre autres images, outre celle d’un guerrier japonais, à cheval également  … Napoléon à cheval d’après le tableau de David !

La fascination exercée par la beauté de la plus noble conquête de l’homme n’est donc pas près de disparaître, même à l’ère de la mécanisation, de l’électronique, de l’épopée spatiale !
L’art équestre est, lui, un sujet également très riche et controversé ; en effet, la question s’est souvent posée en termes récurrents au cours des âges : l’équitation est-elle un art, ou un sport ? Pendant longtemps l’équitation a été utilitaire, liée à l’attelage pour le transport et l’agriculture, étant de surcroît une activité en grande partie militaire, elle s’est détachée assez tard de ces spécificités, la mécanisation intervenant dans cette évolution.
De nos jours les activités équestres sont très diversifiées. Attelage, courses (le monde des courses ayant été évoqué par Degas) , de trot, de galop, concours de saut d’obstacles, concours complet, jeux équestres, polo, horse-ball, TREC, randonnée, endurance, les amoureux des sports équestres ont un vaste choix. J’allais oublier l’équitation « utilitaire » pratiquée par les conducteurs de troupeaux, gauchos, gardians et autres cow-boys, ainsi que par les polices montées et les gardes forestiers ; et l’usage agricole du cheval de trait, encore répandu et réhabilité en certains endroits (dans les vignes, pour le débardage dans les forêts).

Dans toutes ces disciplines et utilisations, c’est la forme physique qui est recherchée en premier ; on prépare le cheval comme un athlète qui doit donner le meilleur de lui-même dans des épreuves qui mettent en valeur sa vitesse, sa force, et l’habileté des meneurs, des cavaliers.
La discipline que l’on peut considérer vraiment comme étant un art est le dressage, par son caractère spécifique, qui grâce à un long travail, tout à fait particulier, mène cheval et cavalier à une harmonie  leur permettant d’évoluer de façon très comparable à celle de la danse.

Le premier traité d’équitation connu est dû à Xénophon, philosophe, historien et maître de guerre grec (v. 426 ou 430 – v. 355 av. J.-C.). La discipline actuelle du dressage peut reprendre des principes énoncés par ce premier grand maître. Les préceptes qu’il a édictés ont été malheureusement souvent oubliés par la suite, au cours de l’histoire ; cinq principes de base peuvent en être tirés : « le tact, la maîtrise de soi, la recherche constante de la beauté et de la perfection, la décontraction du cheval, et la légèreté ».**
Les différentes positions et techniques de monte sont liées évidemment à l’usage que l’on fait du cheval mais également à la morphologie et au type de cheval utilisé. C’est pourquoi l’on voit briller dans des épreuves de très haut niveau des chevaux dont la conformation se prête aux airs relevés et rassemblés du dressage classique.
L’équitation académique française est liée à l’esprit classique ; elle se développe et connaît son plein essor à la cour de Versailles sous Louis XIV. Ce classicisme est né de la Renaissance italienne, qui prônait des lois concernant l’ordre, la symétrie, et la beauté ; lois qui n’étaient pas mises en pratique en Italie au contraire de ce qu’il advint en France. Dès Henri IV l’art de l’équitation du reste fut encouragé même pour les fils de hobereaux. C’est peu après donc sous Louis XIV (1638-1715) avec l’apogée du classicisme français que le pouvoir royal consacra beaucoup d’argent à la construction des Ecuries royales et à l’achat de chevaux – les meilleurs sujets de toutes les races, chacun étant employé suivant ses aptitudes. Les chevaux espagnols et autrichiens étaient destinés au manège royal.

Les maîtres les plus connus de cette équitation classique sont presque tous connus des cavaliers, le plus illustre dans les premiers étant Antoine Pluvinel (1555-1620) précédé cependant par Salomon de la Broue (1530-1610). Pluvinel vécut sous quatre grands monarques et en servit trois, il ouvrit en 1593 sa propre académie. Plus tard l’Ecole de Versailles se consacra à parfaire « l’art du rassembler ». Le rassembler est le moyen par lequel on arrive à obtenir du cheval des airs relevés de haute école, et il s’obtient par divers exercices, dont « l’épaule en dedans », des variations d’allures et des variations dans les allures, du reculer, des appuyés, etc. bien connus des cavaliers de dressage. Un cheval rassemblé est en quelque sorte élastique, avec une très bonne impulsion, on peut par exemple lui demander le départ au galop à partir du reculer. Tout ceci donc aboutit à un cheval qui piaffe, « passage », pirouette, change de pied au galop, etc. ; l’idéal étant d’obtenir tout cela dans l’harmonie et la légèreté – et non dans la contrainte comme l’on voit dans le roman de l’académicien Paul Morand, « Milady », porté à l’écran et qui finit si mal…

Les successeurs les plus connus de Pluvinel sont La Guérinière, puis plus tard Baucher, et d’autres, ceci pour la France. Nous ne pouvons tous les citer, bien sûr. A notre époque les héritiers de cette longue histoire sont connus : les écuyers du Cadre noir de Saumur, à l’étranger, ceux de l’Ecole espagnole de Vienne, l’Ecole royale de Jérez ; au Portugal le plus connu des maîtres de dressage est Nuno Oliveira, décédé, qui fut un extraordinaire cavalier. Bartabas qui a obtenu de pouvoir occuper les superbes écuries royales de Versailles tient à ce que ses élèves écuyers soient non seulement instruits dans l’art du dressage, mais aussi de la danse, de la musique, du dessin… Le dressage allemand est en général très bien placé dans les épreuves, mais on lui reproche souvent un côté trop rigide.

Les reprises en musique associent la beauté des mouvements du cheval à un accompagnement approprié et renforcent le côté esthétique de la démonstration.
Les personnes qui assistent à des spectacles ou concours de haut niveau en dressage ne se rendent pas toujours compte de ce qui est exécuté par le couple cheval-cavalier, et combien de travail il lui a fallu pour en arriver à ces brillantes démonstrations. Une tendance néfaste a dû récemment être combattue, elle consistait en une hyperflexion de la nuque, très contraignante pour le cheval, qui se voyait mis dans une position telle que la ligne du chanfrein était non verticale comme elle doit l’être mais oblique, orientée vers le poitrail.
Il m’est impossible hélas de continuer à expliquer et raconter plus sur cette merveilleuse discipline qu’est le dressage, quintessence et sublimation de la complicité entre le cavalier et cet animal extraordinaire qu’est le cheval. Il faudrait des pages et des pages encore ! Je voudrais enfin signaler que la monte en amazone, gracieuse, et qui contraint moins le cheval, connaît un regain de faveur chez les cavalières, et que même certains dresseurs débourrent les chevaux ainsi ! Les festivals comme « Les crinières d’or » d’Avignon montrent aussi des numéros extraordinaires et des cavaliers très doués.
J’espère avoir appris quelque chose aux personnes qui en savent peu sur le sujet, et les avoir intéressées.

Bernadette Mora


* « A la mémoire reconnaissante et respectueuse des quelques 375000 chevaux de l’Empire qui tombèrent à la Grande Guerre (1914-1918). Ils moururent avec obéissance et souvent douloureusement » (Memorial en l’église de Saint-Jude, Londres).
** Sylvia Loch, « Histoire de l’équitation classique de l’antiquité à nos jours », Paris, éd. Maloine, 1994, p. 31. Je recommande ce livre à tous ceux qui veulent en apprendre plus !

 

Bernadette Mora

Née à Auch en 1938, Bernadette Mora a fait ses études à l'Université de Poitiers.
Ancien ingénieur d'études au CNRS et spécialiste de l'épigraphie médiévale, elle est aussi une artiste reconnue qui expose au niveau international et dont les oeuvres sont présentes dans des collections privées de collectionneurs de nombreux pays (France, USA, Grande-Bretagne, Japon, etc.).

contact : bernadette.mora186@orange.fr

 


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